Rencontre avec Bernard Boulonne
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Publié le 21/08/2019
"A chaque fois qu’un employé progresse en compétence, c’est le Relais tout entier qui progresse"
Bernard BOULONNE, Charge des relations publiques et de la formation, Le Relais


  • Pouvez-vous présenter le Relais ?

Le Relais est une société coopérative et participative. En 1984, Emmaüs Artois cherchait un moyen pour favoriser l’insertion dans le monde économique de compagnons. Suite à une rencontre avec l’association « Terre » de Belgique, le choix a été fait du retraitement de textiles d’occasion. Cette activité permet l’embauche d’une main d’œuvre nombreuse et peu qualifiée.
Depuis lors, la mission du Relais est de procurer de l’emploi pérenne à des personnes en situation d’exclusion économique à partir de l’activité de collecte et retraitement du textile d’occasion. Aujourd’hui, le Relais emploie 3000 salariés, dont 2000 en France et 1000 en Afrique (Burkina Faso, Sénégal, Madagascar).
Le relais est un réseau d’une dizaine de SCOP avec 30 implantations sur la France.

  • Quels sont vos liens avec FEDEREC ?

Le Relais est membre de FEDEREC Textiles. Le créateur et PDG du Relais France, Pierre DUPONCHEL est Vice-président de FEDEREC Textile. Nathalie FERNAND PDG du Relais Bourgogne et Pascal MILLEVILLE, PDG du Relais Bretagne sont administrateurs. Ils participent aux réflexions stratégiques de la branche.

  • Pourquoi vous êtes-vous engagés dans la démarche de certifications pour vos salariés ?

Je suis arrivé au Relais, il y a 9 ans pour développer la formation professionnelle. Lors de ma première visite des ateliers, j’ai été impressionné par le travail des dames qui triaient le linge, par la beauté de leurs gestes et par leur connaissance des textiles. Rapidement j’ai réfléchi au meilleur moyen de reconnaître un tel professionnalisme, une telle technicité. L’idée du CQP m’est évidemment venue. La complexité du montage d’un tel processus m’a fait renoncer.
Il y a 3 ans, un ami à qui je faisais visiter l’usine du Bruay, m’a appris que FEDEREC travaillait à la mise en place d’un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) trieur manuel.
J’ai aussitôt proposé à Vincent GAMBIEZ, Directeur du Relais 80, d’expérimenter la démarche. Nous avons présenté et « vendu » le processus aux salariés. 6 volontaires ont donné leur accord pour se lancer dans l’aventure. Ce fût un succès. La publicité faite par les lauréats a permis de continuer.

  • Quels ont été vos partenaires pour monter le projet ?

L’ADEFA organisme de formation Lillois a été chargé par FEDEREC de procéder à la mise en place du CQP Trieur Manuel sur notre région. Ensemble nous avons organisé les trois étapes, positionnement, formation, évaluation. Les résultats du positionnement nous ont permis de détecter les compétences à améliorer. Elles portent essentiellement sur l’amont et l’aval du travail et sur la sécurité. L’ADEFA nous a proposé un contenu et une durée que nous avons validé. Nous avons choisi et défini le contenu ainsi que la durée de la formation. La troisième phase du CQP doit être réalisée par un autre organisme. L’évaluation finale a été réalisée par Sandrine LEGER, à l’époque consultante chez MPS, devenue depuis Responsable Formation pour FORMAREC, l’organisme de formation de FEDEREC dédié aux entreprises du recyclage et de l’économie circulaire. Toute l’opération s’est déroulée dans les locaux du Relais.

  • Quels ont été les bénéfices pour vos salariés, pour votre entreprise ?

Les bénéfices pour les salariés sont à plusieurs niveaux. L’obtention du CQP valorise leur compétence professionnelle et acte qu’ils ont un vrai métier dans les mains.
D’autre part, la plupart des personnes qui travaillent au Relais, ont eu des scolarités difficiles, peu de diplôme. L’obtention du CQP est souvent une grande première très valorisante qui renforce leur confiance en eux.
D’ailleurs, nous avons décidé de célébrer ces « victoires » en organisant, une fois par an, une cérémonie de remise de diplômes pendant laquelle nous célébrons tous les employés qui en ont obtenu un dans l’année. Elle se déroule devant l’ensemble du personnel. Tous les acteurs de la formation sont présents, OPCA, organismes de formation. Hélène Van Waes, Responsable Relations Sociales de FEDEREC y représente la branche.
Les bénéfices pour l’entreprise sont multiples.
Développer les compétences des salariés et notamment sur le tri est une manière de rendre concrètes nos valeurs : « Nous avons raison de croire en l’Homme »
A chaque fois qu’un employé progresse en compétence, c’est le Relais tout entier qui progresse. Valoriser la compétence des trieurs valorise l’ensemble des métiers du Relais. « Nous ne sommes plus des chiffonniers, mais une entreprise à part entière avec des gens compétents qui évoluent. »

  • Avez-vous rencontré des freins ?


Il y a des freins organisationnels. Les responsables d’activité sont engagés dans la formation des salariés.
Néanmoins, le Relais est une entreprise de main d’œuvre. Enlever des employés de la production, fait que mathématiquement on produit moins.
Je parlerais plus de contraintes dont il faut tenir compte que de freins.
Il y a davantage de freins existentiels.
Des questions du type « Pourquoi faire ? », « A quoi ça va me servir ? », « Qu’est-ce que je vais pouvoir faire avec ça ? » «Est-ce que je vais pouvoir trouver un travail dans une autre entreprise plus facilement ? » cachent souvent la peur de retourner à l’école, d’être une fois de plus confronté à son propre échec.

  • Quelles ont été les réactions de vos salariés avant et après la certification ?

Au démarrage, ils sont inquiets. Les formateurs des centres de formation mandatés par FEDEREC pour les positionnements sont soucieux de rassurer leur public. La peur tombe assez rapidement. Après la certification, c’est une fierté incroyable pour l’employé. Il rayonne. Ils sont très impatients de savoir s’ils ont obtenu ou non la certification. C’est une valorisation personnelle.

  • Où en est le Relais aujourd’hui ?

Nous avons été les premiers à organiser les CQP trieur.
Après le Relais 80 et le site de Bruay, d’autres Relais ont suivi. Relais Cambrésis, Relais Atlantique, Relais Bretagne, Relais Mazamet, Relais Marciac.
Une cinquantaine de salariés ont obtenu leur CQP à ce jour. D’autres vont suivre.
Outre l’ADEFA à Lille, nous travaillons avec MPS à Bordeaux, avec le Gros Chêne en Bretagne. La coopération est très positive avec les consultants de chacun de ces centres.

  • Diriez-vous que la certification a été un levier de croissance pour votre entreprise ?

La croissance sociale a une dimension importante au Relais. Toute la politique de la formation est basée sur le développement des compétences des employés, et la valorisation de ces employés par l’obtention de diplômes.
Quand les personnes arrivent chez nous, elles sont en général cassées par la vie. Le Relais leur apporte la citoyenneté par le travail. Il leur permet de vivre correctement, d’avancer dans la compréhension du monde et de la vie. Cet aspect-là du développement est fondamental. Si les personnes se développent, le Relais se développe.
Si les salariés sont bien dans leur travail, s’ils se sentent valorisés, si leur compétence est reconnue, ils seront plus motivés à se battre pour la performance de leur entreprise.